Le siège de Paris (1870).

Publié le par Merry-Lène LABALLE.

«Mon dîner me tracasse et même me harcèle, J'ai mangé du cheval et je songe à la selle»


Victor Hugo, pendant le siège de Paris.

 

 

 

 

1870 Etant moi-même une passionnée de la Guerre de 1870,  j'ai souhaité partager avec vous l'un de mes derniers coup de coeur! Je vous ai également retranscris quelques passages de cet ouvrage. Bonne lecture! 

Il s'agit du Journal du siège de Paris, paru en 1872. Ce document a été rédigé par un certain «Bourgeois de Paris», l'auteur reste en effet délibérément dans l'anonymat, ce qui était une tradition depuis le XVe siècle. Ce fameux bourgeois de Paris est en réalité Jacques Henry Paradis, né en 1824, qui était un agent de change, c'est à dire une personne chargée de certaines transactions financières. Il résidait au boulevard de Clichy. Il était également le père d'une fille Marie Zélia, à qui est dédié son journal: «A toi chère fille, ma bien aimée fille c'est à toi que je dédie ce livre journal. Tu le conserveras avec soin, comme souvenir d'un père qui t'aime tendrement ...» L'auteur resta bloqué durant cinq moins à Paris. De même ce qui est intressant ici, c'est que ce récit fut pris sur le vif: «
Ce que je tiens surtout à constater ici, c'est que mon journal a été fait avec la plus scrupuleuse exactitude, et que ce vous lirez a été écrit au jour le jour, ce qui fait à mes yeux, le seul mérite de mon travail, que je recommande à toute votre indulgence.» Il est donc remarquable par sa précision et sa véracité.


A travers son oeuvre, Jacques Henry Paradis nous relate tout simplement l'enchainement des faits durant le siège de Paris. Son ouvrage est composé de trois parties principales (Prologue / 1870 / 1871) et d'une partie annexe nous donnant des informations plus détaillées sur le Gouvernement de la Défense Nationale à partir du 15 septembre 1870, sur l'Armée et enfin sur la division de Paris par secteurs (premier secteur: Bercy / deuxième secteur: Belleville...).



Contexte historique:


Nous allons désormais nous attarder d'avantage sur le contexte historique. En effet, le siège de Paris s'inscrit dans contexte particulier pour l'époque qui est celui de la guerre francoprussienne de 1870 – 1871. Après la capitulation de Sedan, les armées prussiennes et leurs alliés vont progressivement atteindre le Nord de la France et vont mettre le siège devant la ville de Paris. Dans la précipitation, le 4 septembre 1870, la déchéance de de Napoléon III est proclamée et l'on instaure un gouvernement de la Défense Nationale, connu sous le nom de Gouvernement provisoire de 1870, avec à sa tête le Général Louis Jules Trochu, gouverneur de Paris.

Le gouvernement est composé de députés républicains de Paris avec entre autres Léon Gambetta, ministre de l'intérieur, Jules Favre, ministre des affaires étrangères et Jules Ferry comme secrétaire du gouvernement. Notons également que les proclamations officielles de Trochu et de Favre vont dans le sens d'une résistance à outrance contre l'ennemi prussien. En parallèle, les troupes prussiennes et alliées continuent leur progression sur le territoire sans grande opposition. Une délégation est envoyée à Tours pour coordonner l'action en province sous les ordres d'Aldoplhe Crémieux, alors ministre de la Justice. Aussi, à partir du 15 septembre, Adolphe Thiers est mandaté et envoyé en mission auprès des capitales européennes pour chercher des appuis, mais qui s'avèrera vain. Se met alors progressivement en oeuvre le processus d'encerclement de Paris par les prussiens.

 

Force en présence:


La stratégie de Bismarck est la suivante: pour éviter d'exposer ses troupes dans un combat de rues, il compte sur la lassitude et la faim pour obtenir la capitulation de Paris. Il se contente ainsi de repousser toutes les tentatives de percées. Notons également que le gouvernement prussien est installé à Versailles et les Allemands disposent de 400 000 hommes au fur et à mesure de la libération des troupes de siège (Metz, Toul, Strasbourg) et contrôlent l'ensemble des axes ferroviaires.


Dans le camp français, Paris compte 80 000 soldats, la garde nationale comprend 10 000 hommes essentiellement levée dans les départements, l'auteur nous décrit souvent cette «armée nouvelle» comme étant «mal encadrée», «misérablement vêtue», «à peine si leur équipement est au complet», «désorganisée», «indisciplinée» (pages 23, 91, 102). Il nous démontre ici les faiblesses des troupes françaises. Au total l'armée françaises compte 400 00 homes mais peu d'entre eux ont une véritable formation militaire.

 


Les tensions diplomatiques et politiques:


Dans l'ouvrage de Jacques Henry Paradis un thème important est mis en évidence durant le siège de aris. Il s'agit en effet de la diplomatie. La diplomatie est une conduite de négociation entre les personnes ou les nations en réglant un problème sans violence. La diplomatie fut en effet utiliée à plusieurs reprises par les hommes politiques français pour tenter de négaocier l'arrêt des combats:  «J'ai cru qu'il était de mon devoir d'aller au quartier général des armées ennemies; j'y suis allé. Je vous ai rendu compte de la mission que je m'étais imposée à moi même; je viens dire à mon pays les raisons qui m'ont déterminé, le but que je proposais, celui que je crois avoir atteint..» «Puis il (Bismarck) a insisté longuement sur la volonté bien arrêtée de la nation française d'attaquer l'Allemagne et de lui enlever une partie de son territoire. Depuis Louis XIV jusqu'à Napoléon, ses tendances n'ont pas changé..». «La conversation s'est prolongée sur ce sujet, le comte maintenant son opinion alors que je défendais la mienne, et, comme je le pressais vivement sur ses conditions, il m'a répondu nettement que la sécurité de son pays lui commandait de garder le territoire qui la garantissait. Il m'a répété plusieurs fois: «Strasbourg est la clef de la maison, je dois l'avoir..» (Jules Favre). (page 55/56).


Au fil de l'oeuvre nous comprenons que les multiples tentatives de négociations se sont terminées par des échecs puisque les Allemands ne voulaient rien lâcher. Cet échec pourrait s'expliquer par le fait que ces derniers n'avaient pas une bonne connaissance de la situation militaire des armées comme nous le précise l'auteur, mais aussi par un manque de cohésion, de dialogue avec le gouvernement résidant dans la province.

Les diplomates français vont également être amenés à rencontrer les dirigeants des autres puissances européennes (Angleterre) pour tenter de trouver un appui exterieur face aux Allemands.


Nous pouvons également comprendre que la situation politique du pays est très délicate. En effet, la guerre, la défaite de Sedan et le siège de Paris vont contribuer à aggraver le climat politique de l'époque. Aussi, la déchéance de l'Empire et l'avènement de la IIIe République ont suscité de nombreuses insurrections. Ainsi donc se prépare l'avènement de la Commune qui revient sans cesse dans son oeuvre. De même que nous nous comprenons que l'auteur est un anti communard du fait de ses prises de positions: «les gens qui commandent et conduisent ce mouvement sont dangereux». «Cette attitude ne peut être que désavouée par la pays et elle l'est». (page 79 / 85). Jacques Henry Paradis prend clairement position en faveur du Gouvernement de la Défense National. Ce qui nous démontre ici un certain patriotisme mais également un conservatisme très présent chez ce dernier.

 

 


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Les outils de communications:

 


Dans l'oeuvre de Jacques Henry Paradis un deuxième thème revient fréquemment: les communications entre la province et Paris durant le siège. En effet, pour communiquer de l'extérieur vers la ville on a utilisé des boule de Moulins (procédé de transport du courrier vers la ville de Paris). On mettait les lettres dans les sphères étanches en métal qui suivaient le courant de la Seine et devaient être recueillis par des filets dans Paris. Mais leur efficacité n'était pas très grande comme nous précise l'auteur, puique peu d'entre elles arrivées à destination. En revanche, le moyen qui se révéla le plus sûr et le moins coûteux fut l'utilisation de pigeons voyageurs. Pour combattre ce procédé les Allemands firent venir d'Allemagne des faucons.

Aussi, pour les communications entre Paris et la province on a eu recours à divers système: les ballons montés (ballons à gaz avec nacelle) utilisés pour transporter le courrier civil ou militaire et des passagers. Les départs se faisaient de jour comme de nuit, tout en essayant d'éviter les tirs de barrage des troupes ennemies. La première mission des vols fut tout d'abord le transport de courriers et de personnes chargées d'organiser des opérations de transport de courrier de la province vers Paris. La deuxième mission était principalement militaire. Beaucoup de missions ont transporté des militaires de haut rang et parfois du matériel de guerre. Et enfin, la troisième mission était politiques et diplomatiques. Plusieurs hommes politiques ont pu échapper au siège pour rejoindre la délégation en province:  «Un magnifique ballon est parti ce matin de l'usine de la Vilette. Au point de vue de la correspondance, il y a une amélioration, et je remarque que le gouvernemet se trouve à cette heure en rapport assez régulier avec Tours, grâce aux pigeons voyageurs»(page 187).


Notons quand même que ces missions furent toutes quasiment réussites malgré un contexte difficile (ville assiégée, pilotes inexpérimentés, vol de nuit). Le premier ballon, le Neptune, décolle le 25 septembre 1870 à 8 heures de la place Saint Pierre: «Le ballon Neptune était gonflé... A sept heures et un quart, le chargement étant fait, l'aéronaute prononça le sacramentel: Lâchez tout! Le ballon gagna vite une hauteur de quinze cents mètres et se dirigea sur la Normandie. Oh! Messager d'espérance, porte nos baisers à nos enfants à nos familles, que Dieu te protège et l'aile des vents te soit propice» (page 80). En tout, 67 ballons quittèrent Paris, transportant entre 2,5 et 3 millions de lettres, 176 aérostiers et passagers franchirent les ligne prussiennes dont le Ministre Léon Gambetta, le 8 octobre 1870.

 


Le quotidien:


L'auteur nous révèle en effet un quotidien de plus en plus insupportable pour les Parisiens. Les conditions de vie des assiégés sont terribles. Ils connaissent un hiver rude en décembre 1870: «Le froid augmente, le thermomètre marquait moins dix degrés, comme je le pressentais, les opérations paraissent elles ajournées...» «Le froid paralyse nos efforts.. Le froid persiste d'une manière terrible..» «La nuit doit avoir été terrible pour les troupes campées aux tranchée: le froid n'a pas diminué, au contraire, et les jeunes soldats peu aguerris se ressentiront des ces heures passées dans la neige. Leurs souffrances doivent être terribles» (page 287 / 288 / 291).

De même que les vivres diminuent, la viande est rapidement rationnée, le bois et le charbon manquent. Dès le 16 décembre l'on procède au réquisitionne ment des chevaux pour les abattre, et les manger. Les queues s'allongent pour un morceau de pain. On se met à manger du rat, du chien, du zèbre, du buffle..: «On paye 12 francs un beau chat. Paris consomme régulièrement 650 chevaux par jour..» (page 316).


L'on assiste également à une montée des prix. Ces privations se font durement ressentir au sein des classes populaires et le taux de mortalité va rapidement doubler en quelques mois: «J'ai enregistré 3280 morts pour la dernière semaine de décembre 1870, j'enregistre 3680 pour la première semaine de janvier 1871» (page 317).

 


La fin du siège:


Le 26 janvier nous assistons donc à la signature et au cessez le feu à 20h40: «C'est le coeur brisé de douleur que nous déposons les armes. Ni la souffrance, ni la mort dans le combat n'auraient pu contraindre Paris a ce cruel sacrifice. Il ne cède qu'à la faim. Il s'arrête quand il n'a plus de pain» (page 369). Ainsi, les conditions de l'armistice sont discutées entre les deux nations: «J'ai transcris la dernière scène du lugubre drame a eu, près de cinq mois, pour scène la France, et dont le dernier tableau se passait à Paris. Nous tous qui avons assisté et survécu à cet immense désastre nous aurons dans la mémoire ces cinq mois d'angoisses et, malgré tout, nous pouvons dire à nos enfants et petits enfants que Paris a capitulé faute de pain» (page 375). Nous comprenons ici que cette défaite est perçue comme humiliation incontestable pour la France.

 


En somme, l'auteur nous propose ici un récit remarquable par sa précision (description minutieuse des évènements, du quotidien..). En revanche, nous pouvons relever un certain manque d'objectivité sur quelque point (La Commune) peu d'information nous est donnée par exemple à ce sujet.



Bibligraphie complémentaire:


- Jérôme Baconin, Paris 1870/1871, l'anné terrible, collection «Mémoire en images», éditions Alan Sutton
.


- François Roth, La Guerre de 70
, Fayard, Paris, 1990.

 

 



 

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