Interview de Liêm Hoang Ngoc, secrétaire national adjoint à l'économie du PS.
Interview paru dans le journal le Monde :
Mesures d'austérité dans les dépenses gouvernementales, présentation du nouveau volet de la révision générale des politiques publiques... Liêm Hoang Ngoc, secrétaire national adjoint à l'économie du Parti socialiste, porte un regard négatif sur la politique de rigueur de la France, estimant qu'elle épargne les classes aisées et devrait plutôt porter sur les cadeaux fiscaux accordés à cette catégorie de la population.
Le gouvernement présente aujourd'hui le deuxième volet de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Les mesures annoncées, centrées sur les dépenses de fonctionnement de l'Etat, vous paraissent-elles satisfaisantes ?
Si le gouvernement voulait vraiment réduire les déficits, il reviendrait sur les dépenses fiscales qui ont coûté 45 milliards d'euros par an. Outre le bouclier fiscal, je pense également à la révision du barème des impôts sur le revenu, à la quasi-suppression de l'impôt sur les successions, aux niches fiscales, bref aux mesures prises depuis le début des années 2000 et qui favorisent les plus riches. Mais le président a décidé de ne pas revenir dessus. Le cœur de sa politique de rigueur, qui n'en est pas vraiment une puisqu'elle ne touche pas les classes aisées, va donc vers les dépenses de l'Etat.
Or, la part des dépenses de l'Etat dans le PIB est stable depuis 25 ans. Les marges de manœuvre sont en fait réduites, tandis que l'impact sur le fonctionnement des services publics, notamment dans l'éducation nationale, est, lui, catastrophique. Et la RGPP ne permet qu'une économie de 500 millions d'euros par an, alors que la réduction de la TVA dans la restauration coûte trois milliards.
Cette réduction de la TVA était-elle une erreur ?
Au vu des résultats, cette baisse n'a pas été probante. Le gouvernement dit avoir ainsi créé 20 000 emplois, à mettre en perspective avec les 200 000 emplois de fonctionnaires supprimés. On a vu mieux en termes de politique pour l'emploi. Quant à l'impact sur les prix, il se fait attendre.
La Grande-Bretagne, au contraire, a décidé d'opter pour la hausse de la TVA. Est-ce une mesure envisageable en France ?
Selon moi, il s'agit de la pire des mesures, car elle va casser une reprise extrêmement fragile. De plus, elle est injuste socialement : elle cible les classes moyennes et populaires, qui dépensent l'intégralité de leurs revenus, et même plus avec l'endettement, dans la consommation. Au contraire, les classes aisées ne consacrent qu'une part plus faible de leurs revenus à la consommation, et sont moins touchées par cette hausse.
La rigueur doit s'appliquer aux classes du haut du panier par le biais des mesures fiscales. Ainsi, il faut envisager un plafonnement plus important des niches fiscales, afin qu'elles ne profitent qu'aux classes moyennes.
La dette publique française a atteint 80 % du PIB, le déficit public est lui de 8 %. Le gouvernement promet de revenir aux critères de Maastricht d'ici 2013. Est-ce réaliste ?
Avec une croissance inférieure à 1 %, comment voulez-vous réduire le déficit ? Le gouvernement table sur une croissance de 2,5 % en 2011. Une telle prévision serait réaliste si la France et l'Union européenne mettaient en place des politiques de relance dignes de ce nom, mobilisant dans des investissements productifs l'importante épargne européenne. Au lieu de cela, les politiques de rigueur mises en place à travers l'Union ne permettent pas d'espérer une croissance atteignant le 1 %.
Les politiques de rigueur mises en place par les pays européens risquent donc compromettre la croissance ?
Selon de nombreux économistes, l'Europe va replonger dans la récession, avec à la clé une nouvelle crise d'ici trois ou cinq ans. La philosophie des promoteurs des politiques de "consolidation budgétaire" est que la rigueur va relancer la confiance, et donc la consommation et la croissance, ce qui est très optimiste.
Au contraire, la rigueur va tuer la reprise dans l'œuf en cassant la consommation et la croissance, et baissant donc les recettes fiscales. Il faudrait plutôt suspendre le pacte de stabilité pour permettre aux pays membres de mettre en place des politiques de relance. Mais le Conseil et la Commission européenne préfèrent placer les politiques budgétaires des Etats sous tutelle afin d'imposer un durcissement du pacte. A la rentrée, certains pays vont même inscrire ces principes néolibéraux de politique budgétaire dans leur Constitution...