Une femme à Berlin

Publié le par Merry-Lène LABALLE.

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J'ai voulu partager avec vous ce bouleversant récit autobiographique sur les conditions sociales des Berlinois durant la Seconde Guerre Mondiale, bonne lecture !

 

 

 

 L'auteur

 

 

Marta Hillers (née le 26 mai 1911 / 10 juin 2001), est une journaliste allemande de 34 ans. Elle étudia à la Sorbonne, et effectua de nombreux voyages dans toute l'Europe. Marta Hillers est l'auteur de ce récit autobiographique intitulé : Une femme à Berlin ( Eine Frau in Berlin)  . Ce récit nous rapporte la vie quotidienne à Berlin durant l'occupation soviétique, et l'auteur insiste beaucoup sur les conditions de la femme, victimes de multiples viols durant cette période de la guerre.

 

 

 

 

 

 Elle rédige ainsi sur des cahiers trouvés dans les ruines d'un appartement abandonné, un journal des évènements : "En fouillant dans la maigre collection de livres du propriétaire (c'est là que j'ai déniché le cahier vierge dans lequel j'écris maintenant) ..".   L'écriture de ce journal fut sans doute un moyen pour l'auteur de survivre moralement.

 

 

 

Le témoignage

 

 

Le témoignage personnel de Marta Hillers fut publié pour la première fois en 1954 de façon anonyme. Le journal a été écrit durant la chute de Berlin, elle l'entame le 20 avril et le clôture le 22 juin 1945. Ce dernier fut publié une deuxième fois par l'écrivain allemand Kurt Marck, aux Etats-Unis. Cette publication provoqua notamment une contreverse parmi le public allemand qui n'était pas encore prêt à revivre cet aspect douloureux de son histoire.

 

 

 

 

 

 

Il faudra donc attendre 2001, année de la troisième publication de l'ouvrage, pour qu'il devienne un best-seller en 2003. Ce récit apporte également une expérience inouïe sur les conditions sociales durant la seconde guerre mondiale, il rend compte surtout de l'étendue des viols commis à Berlin par les Russes, et nous expose enfin la vie quotidienne, cette attente angoisée de l'arrivée des Russes :"J'ai dormi jusqu'à 5 heures du matin. Puis j'ai entendu quelqu'un rôder dans l'entrée. C'était la libraire, elle venait de l'extérieur, elle me saisit la main, et chuchota : "Ils sont là." "Qui? Les Russes?" J'avais à peine à ouvrir les yeux. "Oui. Ils viennent d'entrer par la fenêtre chez les Meyer".

 

 

 

 

 

Analyse

 

 

Les mémoires de Marta Hillers sont d'une grande richesse d'information sur la vie quotidienne des Berlinois et surtout des Berlinoises. Elle nous fait part de moments très insuportables de la guerre qui sévit dans tout le pays : "Oui, c'est bien la guerre qui déferle sur Berlin.

 

 

 

 

Hier encore ce n'était qu'un grondement lointain, aujourd'hui c'est un roulement continu. On respire les détonations. L'oreille est assourdie, l'ouïe ne perçoit plus que le feu des gros calibres. Plus moyen de s'orienter. Nous vivons dans un cercle de canons d'armes braqués sur nous et il se resserre d'heure en heure. / "Maintenant, dans notre pays, les hôpitaux militaires de campagne ne sont plus à l'écart, le front est partout".

 

 

 

 

 

 

Elle nous parle également des inombrables bombardements alliés "Je suis tout de suite retournée chercher de l'eau. En revenant, soudaine attaque de bombes. Sur la pelouse, devant le cinéma, une colonne de fumée et de poussière s'est brusquement élevée vers le ciel. Devant moi, deux hommes se sont jetés à plat ventre dans le caniveau. Des femmes se sont précipitées dans le premier vestibule et dévalèrent les escaliers. Je n'ai pas lâché les deux sceaux remplis d'eau, on vous les volerait comme un rien. En bas, tapie dans le noir, une foule effarouchée, sinistre. Une voix de femme se met à geindre : "Mon Dieu, mon Dieu.." Puis, tout est retombé dans le silence.  

 

 

 

 

 

L'auteur nous peint les ruines de la capitale allemande : "J'écris les doigts tremblants. On respire toujours du plâtras. Il y a une demi-heure, une bombe s'est abattue sur le quatrième. Je suis à bout de souffle, quitte ma mansarde au galop. Une porcherie, des gravats partout, des éclats de projectiles, des débris de verre. Adieu mon trop bref presque chez-moi, tu es devenu inhabitable".

 

 

 

 

 

 

Marta Hillers nous dresse notamment le portrait de ses compagnons d'infortune, de la "communauté de la cave"   femmes, enfants, vieillards, bourgeois, prolétaires, déserteurs, planqués .. : "A part cela, tous ceux qui peuplent habituellement les caves, assis sur des sièges en tout genre que l'on trouve habituellement dans les caves, de la chaise de cuisine au fauteuil de brocart. Les gens : un amalgame de petits et de gros bourgeois entremêlés de quelques éléments prolétaires.

 

 

 

 

 

Je regarde autour de moi et je note : En tête, la boulangère, deux gosses joues rouges sous son col de mouton retourné. La veuve du pharmacien qui a suivi une formation de secouriste et qui fait parfois les cartes qu'elle étale pour d'autre femmes sur deux chaises rapprochées. Mme Lehmann, époux porté disparu à l'Est, son bébé endormi contre elle dans un nid d'ange et sur ses genoux le petit Lutz âgé de quatre ans, qui dort lui aussi, avec ses longs lacets qui pendouillent.. " /

 

 

 

"Un nouveau résident a fait son apparition dans la cave, le mari de la femme d'Adlershof, qui a été bombardée et est venue se réfugier dans le giron de sa mère. L'homme est en uniforme, il est ici clandestinement, une heure plus tard, il était en habit civil. Pourquoi? Personne n'en parle, personne ne lui prête attention. Un dur à cuire venu du front, il respire encore une certaine force, ça nous fait du bien de le voir. La desertion nous semble soudain aller de soi, on trouve même que c'est une bonne chose.".

 

 

 

 

L'auteur note également les longues files d'attente à la pompe d'eau, la soif: "J'ai saisi au passage tout ce que j'ai pu d'utile, une casserole, des serviettes de toilette, des pansements. J'ai la gorge complétement desséché, mon gosier est en feu, à cause de la poussière de platrâs. Ici, en bas, je n'ai rien à boire. Et quand je pense que des tonnes d'eau ont coulé des radiateurs percés la-haut. Nous avons dû.."  , la faim : "Je suis tenaillée par une faim de loup. Le fait de manger m'a donné plus faim encore, vraiment faim"

 

 

 

 

Le froid : "Mes mains tremblent. J'ai les pieds gelés. Hier soir, un obus allemand a fait voler en éclats les dernières vitres. Notre appartement est la proie des vents de l'est."  la ruée vers les magasins désertés, le pillage, le vol dans les caves et les entrepôts : "Par ici! Par ici!" Dehors, j'a saisi au passage une petite caisse, je la traîne maintenant derrière moi. Dans le noir, je me cogne à des gens, reçois des coups de pied dans les tibias. Je me retrouve tout à coup dans une cave plongée dans l'obscurité totale, des gens essoufflés, des cris de douleur, pagaille et lutte dans les ténèbres. Non, ce n'est pas distribuer que l'on fait ici, c'est piller."

 

 

 

 

 

 

Dans ses mémoires, les humiliations, la souffrance et les viols occupent une place centrale. Les viols des berlinoises, et surtout des jeunes filles sous l'occupation soviètique étaient un cauchemar et constituaient le quotidien pour les femmes allemandes. Notons aussi que Marta Hillers a été elle-même victime de viols "forcés" ou "négociés": "Viol: qu'est ce que ça veut dire? Quand j'ai proncé le mot pour la première fois, vendredi dans la cave, un frisson glacé m'a parcouru le dos. Et maintenant, je suis capable d'y penser, de l'écrire d'une main froide, je dis le mot tout haut pour m'habituer au son. Il évoque le pire, le comble, mais ça ne l'est pas".

 

 

 

 

 

Bibliographie complémentaire

 

- Bernage Georges, Berlin 1945, l'agonie du Reich.

 

- Jean Lopez, Berlin, les offensives de l'Armée rouge, Economia.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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